Ce que la présidentielle 2012 a ignoré
Cette campagne présidentielle me laisse au final un goût amer.
Certes c’est une chance que de pouvoir voter mais quel non-choix nous est proposé ! Que peut-on exprimer par ce vote ? La bassesse du niveau des débats, l’absence totale de vision, le passage à la trappe des enjeux majeurs au profit de techniques de manipulations des médias ne nous offrent d’autre alternative que de voter contre le pire des deux derniers protagonistes.
C’est un système complet socio-politico-économico-médiatique qui génère cette piètre qualité d’élus. Sans cesse les médias accrochent des boucles de rivalités mimétiques qui s’amplifient et déterminent discours, ripostes et finalement les positions politiques des candidats. On passe plus d’énergie à détruire ses concurrents et à empêcher d’émerger de nouvelles idées que de travailler sincèrement pour le pays et son avenir. Il ne reste que les deux plus coriaces, ceux qui ont réussi à faire le vide autour d’eux.
Bref, demain nous avons le faible choix entre :
- ne pas voter ou voter blanc (ce qui est aujourd’hui la même chose).
- voter contre Nicolas Sarkozy, qui le mérite bien pour sa personnalité insupportable, son peu de fond et de constance, sa tendance à focaliser le débat sur des faux sujets pour détourner l’attention des vrais enjeux quitte à encourager des peurs ou des postures dangereuses.
- voter contre François Hollande, qui est le porte parole servile d’une pensée incohérente fabriquée dans un parti du siècle dernier incapable de remettre en question son héritage idéologique et prisonnier de ses complexes jeux de pouvoir.
Je ne supporte pas Nicolas Sarkozy et pourtant François Hollande me semble encore plus dangereux. Pas tant sur le plan économique, car à ce niveau les deux candidats n’auront pratiquement pas de marge de manoeuvre et face aux attaques des marchés Hollande aura beau jeu de ne pas exécuter son programme. Par contre, il lui faudra alors donner des gages qu’il est bien de gauche et se devra d’exécuter rapidement ses réformes sociétales (probablement contre son sentiment personnel). Au lieu d’être celui qui rassemble selon l’image qu’il se construit, il sera l’acteur d’une division profonde de la société française au moment où il faut au contraire engager des dynamiques communes. Notre organisation nationale est profondément marquée par le pouvoir qu’ a eu le parti socialiste, et celui-ci n’est visiblement pas capable de penser en dehors du cadre et de se renouveller. Par un mouvement de balancier, le “changement” consistera essentiellement à défaire un peu des réalisations du précédent gouvernement et à reprendre en vain les vieilles recettes.
Je ne comprends pas que le PS et les Verts se réfèrent à une idéologie progressiste et libertaire quand il s’agit des moeurs et font le contraire quand il s’agit d’économie. J’ai du mal à croire que l’on puisse encore souscrire au mythe du progrès, surtout quand on est écologiste et que l’on devrait intégrer une responsabilité face à la nature, y compris la nature humaine. Quand aux socialistes, il est incompréhensible de s’annoncer social et généreux et de faire les choix du libéralisme morale qui sont toujours au détriment du plus faible : que ce soit l’euthanasie, où l’on sait qu’elle n’est en fait qu’un moyen de faire des économies en éliminant les plus faibles (“Dès qu’il dépasse 60-65 ans l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. La vieillesse est actuellement un marché, mais il n’est pas solvable. Je suis pour ma part en tant que socialiste contre l’allongement de la vie. L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures.” Jacques Attali in l’avenir de la vie ), ou le mariage gay : en détruisant le repère du mariage union d’un homme et d’un femme pour le remplacer par tout type d’union (deux hommes, deux femmes d’abord plus de 2 personnes ensuite), on fait de l’union et de la parentalité un choix de consommation et non une offrande partagée, les personnes les plus fragiles et les enfants seront toujours les victimes de cette société de la consommation du corps.
La liste des sujets qu’il aurait fallu traiter et qui ont été ignorés est longue et pleine de promesses et de défis :
- comment est-ce qu’on reboot l’Europe ? A mon sens, il faut construire une europe fédérale et mettre ce chantier rapidement sur la table avec un noyau de pays moteurs.
- la simplicité : notre pays et l’Europe meurent d’un complexité galopante, l’empilement des législations, des strates administratives, des organismes nous retirent toute capacité de réaction rapide. Il faut une politique de la simplicité : pas de nouvelle loi sans en retirer deux, pas de loi générale construite sur des cas particulier, pas de nouvelle mesure d’exception (niche fiscale ou autre) sans en retirer deux, une feuille de paie qui tienne en moins de 5 lignes et qui soit compréhensible avec le brevet des collèges, une unification des organismes collecteurs… la fusion des petites communes avec les communautés de communes, une unicité de compétence par territoire (qu’une seule collectivité gère école/collège et lycée dans un même bassin éducatif), simplification de l’achat public etc etc.
- la simplicité va de paire avec la confiance : comment construire une société de confiance où la vie a du sens ? Comment se fait il que les jeunes soient morts de trouille à 16 ans à l’idée de ne pas avoir d’avenir professionnel, qu’aucun entrepreneur n’arrive à financer simplement ses projets, que les relations économiques ne soient pas simples et basées sur la confiance mais reposent sur une régulation étouffante ?
- la créativité : comment se fait-il que dans notre pays les valeurs de la créativité soient tellement peu intégrées hors des champs artistiques, culturels et publicitaires ? Pourquoi n’apprend t’on pas à être créatif à l’école ? Comment introduire la créativité dans l’administration, dans le pilotage de l’action publique, dans l’économie, dans la vie sociale… Pourtant la France est une nation qui engendre de très bons créatifs, mais nous devons diffuser ces valeurs dans le corps social et faire le lien avec l’économie pour que cela se retrouve sur le commerce exterieur.
- la monnaie au service de la relocalisation de l’économie : autorisons les régions ou pays à émettre des monnaies locales et complémentaires.
- le revenu de vie (en fait, une simplification des aides sociales).
- le numérique et l’économie : comment se fait-il qu’aucun grand acteur de l’économie numérique n’émerge d’Europe (oui je sais on a inventé le Web à Genève et Linus est finlandais) ? On ne sait pas miser sur l’avenir et les vieilles structures économiques captent tout l’argent que l’action publique essaie d’engager dans cette direction. (Regardez comment les projets européens ou du grand emprunts sont complexes à monter et du coup ne sélectionnent que des organisations bureaucrates avec un énorme coût administratif).
Le numérique ouvre un champs tout nouveau de décloisonnements, d’hybridations et de transversalités. Il est porteur de nouvelles formes d’organisation, de confluences et donc de valeurs. Comment allons nous explorer ces possibles, remettre en cause nos organisations, les laisser mourir pour ressusciter autrement ?
- la démographie : c’est l’enjeu majeur à moyen terme du continent européen. La plupart des pays vont imploser, l’Allemagne en premier, et la France est la seule à être dans une position singulière et favorable. Arrêtons de paniquer les jeunes sur le chômage : notre problème principal sera de trouver des compétences pour nos besoins pas le contraire. C’est déjà le cas dans un grand nombre d’entreprises qui n’arrivent pas à trouver les bonnes compétences. (C’est aussi le cas dans la vie politique on l’a vu à nos dépends).
- les ressources : plus d’or ni zinc en 2025 (à un coût acceptable), plus de plomb ni de nickel en 2030, plus de cuivre en 2039, plus d’uranium en 2040… si ce n’est pas lors d’une présidentielle qu’on parle de ce que cela va changer pour nous ce sera quand il sera trop tard pour s’y préparer.
- les questions éthiques et sociétales : le pouvoir exhorbitant des techno-sciences n’est absolument pas mentionné par les discours politiques. Peut-on continuer à subir une pseudo-culture scientiste sans la questionner ? Alors que des pratiques eugénistes se sont implantées profondément en France (96 % des enfants trisomiques subissent un avortement thérapeutique. Bien que naturellement on ne meurt pas de la trisomie, ce sont des personnes heureuses, cette maladie ne cause pas de souffrance, la société française les élimine systématiquement) et que la science va multiplier les possibilités de politiques eugénistes (séquençage de l’ensemble du génome, récupération de l’ADN de l’embryon par simple prise de sang de la mère, transformation des cellules souches en cellules reproductrices…), nous allons vers une reproduction entièrement maitrisée et artificielle (généralisation de l’insémination artificielle + sélection d’humains sans défauts en perspective) sans qu’aucun pouvoir politique ne veuille l’anticiper et entrer dans le débat. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du poids des sciences et des acteurs économiques qui leurs sont liées et l’absence totale de pilotage par le politique de ces sujets.
L’absence de perspective et de vision n’est peut être que le reflet de l’égoïsme de la société française mais je ne me résigne pas à le croire.
Au final, j’espère que nous arriverons à sortir de ce faux masque politique qu’est la stigmatisation droite-gauche, car elle véhicule des positionnements paradoxaux. On a la fois :
- la représentation économique : la droite irait vers la liberté du marché et la gauche vers le pouvoir de l’état pour créer et répartir les richesses
- la représentation symbolique : la droite c’est le côté du père, de l’ordre, de la rigueur, de la responsabilité, voire de la raison alors que la gauche c’est le côté de la mère, du coeur, du lien, de l’intuition, de la créativité. (Vous allez me dire: rien à voir avec la vie politique. Ben si, c’est pour cela que dans l’opinion publique il vaut mieux être trostkiste que fachiste. Les tirans de gauches sont toujours plus sympathiques que ceux de droite).
- le champs du progrès : la droite serait conservatrice, et la gauche progressiste.
- liberté contre solidarité : la droite libère l’action économique de chacun, la gauche défend la solidarité
Ce sont évidement plein de clichés honteux, mais la représentation droite-gauche, héritée uniquement de l’organisation physique de l’assemblée nationale, ne désigne plus rien de signifiant pour les enjeux qui sont devant nous. J’espère donc que de nouveaux hommes et femmes politiques se lèveront et s’autoriseront à penser autrement pour inventer de nouvelles lignes plus cohérentes et plus en phase avec les vrais enjeu de notre temps. J’espère ainsi que les Poissons roses ne s’arrêteront pas en chemin et, au lieu de vouloir mettre du vin nouveau dans une vieille outre, qu’ils trouverons leur propre identité et laisseront les morts enterrer les morts….
Marvel
